Remerciements
Le blog de Patrick
Salon de coiffure.
29 Décembre 2008
J’écoutais Tiken Jah Fakoli. Je lisais Libé dans le salon de coiffure, atterré par ma lecture de cet article sur l’humoriste Dieudonné, le négationniste antisémite Robert Faurisson, les mecs du GRECE et Jean Marie Le Pen. Tout ce monde la veille sur la scène du théâtre de la Main d’or sous les applaudissements d’une salle ne comprenant certainement plus rien à ce qui se passait tellement tout semblait sans doute confus. Dieudonnée poursuivi après avoir qualifié l’holocauste de « religion officielle »a décerné ce soir là à Robert Faurisson le prix de « l’infréquentabilité et de l’insolence » après l’avoir fait monter sur scène.(sources libération du 29 décembre) Fatou est sortie du salon de coiffure en courant après le black sur son vélo hurlant en wolof : « hé beau gosse ! je te fais tes vanilles et tes mèches pour 25 euros. ! » le type a dit qu’il était d’accord et il rentré avec son vélo dans le salon qui devait grosso modo faire une surface de 20 m². il y avait dans le salon de coiffure environ 20 dames qui attendaient avec des poussettes remplies d’enfants, des types qui se faisaient raser le crane par Monsieur Baba cool, coiffeur artiste, dessinant de savants motifs avec sa tondeuse sur le dessus du crane des gamins du quartier. 2 chinoises manucuraient les clientes un masque sur le visage, des types qui entraient et sortaient avec des sacs en plastique pleins de contremarques. Des élégantes venaient de n’importe où, se parlaient de part et d’autre du magasin. Les coiffeuses cousaient des mèches dans les coiffures des femmes. Beau Gosse a rangé son vélo au fond du magasin. J’ai remarqué que son visage était tatoué de fil barbelé ! C’est le genre de tatouages qu’on fait en prison ; Baba, le fils de la coiffeuse est venu s’asseoir sur mes genoux et m’a collé un décalco sur la main droite puis m’a demandé si je connaissais «Barack Omama»le grand président Africain. On a démarré une partie de cartes acharnée, mais il trichait comme dans un bois, alors j’ai perdu. Je lui ai prêté mon appareil photo et il est parti photographier les dames, les décorations de noël et les affiches sur les murs du salon jusqu’à ce qu’il se fasse engueuler par Fatou « rends l’appareil au monsieur blanc ! si tu le casses, ça va couter cher !». Je lui ai demandé ce qu’il avait eu pour noël ! « rien » m’a-t-il répondu ! Monsieur Baba cool, son père s’est présenté à moi! Il m’a donné sa carte de visite : il était « l’artiste à la tondeuse magique » il avait coiffé de grandes star comme Star Passi, Star DMX, Star Mokobe, Star magic system. Une dame a rigolé bruyamment en regardant les locks que me faisait Fatou, mais elle n’a pas réveillé le bébé qui dormait sur le dos de l’une des coiffeuses, une dame imposante avec un fichu drôlement noué dans les cheveux. Elles tiraient les cheveux des femmes, les cousaient, les taillaient, les coupaient ; Une dame, une vraie gazelle, joyeuse, sensuelle et frisée est entrée, serrée de prés par un grand gaillard : « je suis mieux que ton mari, j’ai plus d’argent que lui et je suis sur que je suis meilleur au lit, alors, qu’attends tu pour venir avec moi » « -occupe toi de tes affaires ! Tu ne vaux même pas son petit orteil» des types entraient pour vendre des cd de musique black, des fringues, des produits de maquillage. Des chinoises vendaient de vrais bijoux en or posés sur des cartons dorés ! moi, je croyais qu’elles offraient des chocolats à tout le monde. Une vieille dame a essayé de me vendre une charlotte pour protéger mes mèches pendant mon sommeil et les femmes ont continué à se foutre de moi avec mon filet de mamie sur la tête. Dans cette vieille boutique vers Château d’eau, fallait se défendre si on voulait bouffer le soir. Fatou est sortie pour téléphoner au Sénégal, me laissant planté là, mes cheveux tressés enduis de laque blanchâtre. Puis elle est revenue et a continué à tourner ses cheveux entre sa main droite et sa main gauche rouge, irritée par le frottement. « Mon père m’aurait cassé la gueule si j’étais rentré à la maison avec des cheveux comme les tiens » m’a dit une petite dame toute ronde en me regardant droit dans les yeux. Une jeune femme peau très noire avec une perruque rousse m’envoyait des regards en coulisse. «Ta fille a la peau claire lui disait une dame !on voit que tu aimes les métis » « -oui son père est métis et moi, j’ai la peau cramée ! » Le temps de l’Afrique s’écoulait doucement dans ce salon. Il y avait des indiennes, des maliennes, des sénégalaises, des camerounaises, des françaises, des antillaises, des algériennes, des noires, des blanches, des métisses, des chinoises. Toutes ces femmes magnifiques se préparaient pour le réveillon. J’avais l’impression d’être dans l’incroyable cabine du bateau des Marx-Brothers dans « une nuit à l’opéra » quand ils jouent au Poker et que des danseuses, des garçons de café, des musiciens, des dresseurs avec leurs animaux entrent et que la caméra placée au niveau du plafond filme ce moment comme si la cabine allait exploser ? J’y étais entré vers 13 h30 et il était presque 18 heures. Plus la peine de regarder l’heure de passer des coups de téléphone ou d’espérer que je rentrerai chez moi pour y faire quelque chose de précis. Les femmes parlaient des hommes en rigolant. Je ne comprenais rien à ce qu’elles se racontaient, mais je pense qu’elles parlaient encore de moi. Les hommes trafiquaient des trucs incompréhensibles et reluquaient les femmes qui rigolaient ; ils couraient dans la rue après des filles qui passaient en ondulant de l’autre côté du trottoir puis bavardaient avec elles ! « -tu viens avec moi ? suis-moi ! » J’avais l’impression avec mes cheveux hérissés de ressembler à l’un de ces personnages secondaires du dessin animé «les Simpson» ! J’ai payé. J’ai dit « à bientôt » à Fatou et à Monsieur Baba Cool que j’allais leur envoyer les photos de leurs fils Baba ; j’ai cru qu’ils me donneraient une adresse internet, mais j’ai noté l’adresse d’un hôtel dans le 11ème arrondissement. Elle m’a dit « à bientôt si dieu le veut ! Inch’allah » En partant, j’ai touché la vieille Mézouza accrochée au côté droit de la porte ; aucune des femmes qui travaillaient dans ce salon ne l’avait sans doute remarquée ! Aucun de ces hommes venus d’Afrique ne devait savoir ce que signifiaient dans la religion juive ces deux passages du deutéronome, ce passage du « chema »qu’on dit en se voilant les yeux et qui protège la maison. Par superstition ou tout simplement par respect, personne n’avait osé déplacer cette marque de dieu posée sur la porte du salon de coiffure! Le salon semblait assez ancien et cette Mézouza devait être là, oubliée depuis de nombreuses années, dans le vieux quartier juif du Nord ou les Africains de Paris, débrouillards et sans papiers s’étaient installés à leur tour depuis quelques années pour gagner leur vie dans la précarité, le risque, la misère, la débrouille. Je me suis souvenu de la Mézouza que j’avais laissée sur la porte de mes parents lorsque j’avais quitté leur maison. Je suis sorti dans la rue. Des types rigolaient sur mon passage. 2 femmes noires attendaient à la porte d’un hôtel en face du métro.

Le retour du père.
28 Décembre 2008
Journée de répétitions. Enregistré la démo de 3 morceaux à Saint André, à quelques centaines de mètres de la Garonne. Je vais pisser au fond du jardin et regarde les reflets d’un beau soleil froid sur la surface de l’eau. J’écris au fur et à mesure que la musique se précise, à même l’ordinateur et le morceau évolue et évolue encore. Je me rends compte que l’écriture bancale de ce texte bancal, sur des mesures bancales n’a rien à voir avec ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. Peu de voix chantée, surtout de la voix parlée, une sorte de prosodie. Mon fils parle de slam, mais je ne vois pas trop le rapport entre ce que je fais et la musique dégoulinante d’esprit bien pensant ou volontairement provoc qui traverse notre époque, souvent à l’esprit aussi réac que certains vieux chanteurs du temps jadis. Des noms ? Non ! Les choses prennent corps et je retrouve bien sur la plupart de thèmes travaillés ces dernières années à travers nos albums, mais exprimés différemment, comme l’on feuillette un album de bd. Quelques vers :

« Entrez mesdames, entrez Messieurs, entrez petits enfants
Vous verrez la femme nue sur le dos de l’éléphant.
Et Pendant que la fanfare des clowns jouera l’air des toréadors
Pendant que les acrobates se tordront le corps
On entendra les bêtes sauvages du dehors
Qui rugiront encore entre les barreaux de leurs cages, leur seul et dernier décor
un peu comme nous dans nos pauvres cages en or
or,
Dans la lumière en or de la piste,
si la paille ne sent que la pisse,
La piste elle, brille
Comme brille l’or »

Patrick Ochs Le retour du père (extrait d’ « étonnants et magnifiques »)

Je repars sur Paris avec mon fils dans la journée. Pas de place dans le train et nous voyageons debout ; les gens affolés et nous dans le couloir, empilés les uns sur les autres ! un type qui marche avec une béquille, tombe sur mon gamin et l’écrase, puis repart sans s’excuser ! Un autre type voyage avec ses chiens qui gueulent sur tout le monde. Des flics armés circulent entre les voyageurs ; à nouveau, j’ai l’impression de me retrouver dans Brasil ou dans 1984. un type devant la gare, assis par terre, enroulé dans une couverture, cherche la chaleur dans le pauvre soleil ;le thermomètre marche -2 ; il claque des dents, je lui demande s’il a besoin de quelque chose, s’il veut que je l’aide à entrer à l’intérieur de la gare ! « Non merci, je suis asocial !me répond-il ». J’écoute en douce mes chansons au casque et je me demande comment je travaillerai ma voix dans cet album qui manifestement sera peu chanté mais plutôt raconté sur la musique de Loïc ! je pense que je suis en train d’explorer des pistes que je ne connaissais pas encore. Il est vrai que j’ai pratiquement réalisées toutes les musiques du dernier album « assez de pognon!» et que je n’avais pas envie de repartir à nouveau sur la complète fabrication d’un album. Je pense que celui-ci sera un album assez perso, de toute façon. J’ai entendu hier soir Abd el malik et le type qui se fait appeler « grand corps malade » à la télé, chez Ruquier se faire démonter par 2 critiques payés pour être vaches et j’ai trouvé ça un peu nul tout de même, car si au fond je n’en n’ai rien à faire, je trouve que ces deux artistes travaillent avec leur cœur, le respect pour la langue orale et écrite et leur intelligence, ce qui est déjà énorme aujourd’hui. Je trouve que les chansons d’Abd el Malik sont les plus belles choses que j’ai pu entendre ces dernières années, même si tous ces jeunes artistes savent souvent masquer leur manque de culture derrière un beau vernis ! tout le monde ne peut pas être MC Solaar ou Alain Souchon ! Un public de figurants réagissait et aurait sans doute envoyé des cailloux aux critiques si ça avait été possible ! dans le cadre d’un faux happening télé, un type disait à l’un des critique « toi tu connais même pas la banlieue ! » etc. etc.… je suis désolé mais c’est l’une des premières fois que je ne vous parle pas de la vraie vie, puisque j’évoque un programme télé, comme si j’étais un malade ou une personne âgée prostrée devant le poste. Je pense à ma mère qui disait qu’à sa mort, elle souhaitait se faire enterrer avec son poste de télé, car elle aurait passé plus de temps avec lui qu’avec son mari.(c’est ce qu’on a fait d’ailleurs…) J’essaie de ne pas m’en inspirer trop dans mon travail. Je cherche l’inspiration dans le cinéma, dans mes rencontres, dans la musique que j’écoute (essentiellement classique en ce moment), dans mes voyages et bien sur dans les quelques bouquins que j’ai parcouru cette année. J’essaie de me créer une documentation qui va de la musique aux images de guerre, en passant par les faits divers. Souvent, je garde des images sur lesquelles j’arrive à travailler, comme je l’avais fait avec celles d’August Sander, Robert Doisneau, Ernst Haas, Diane Arbus, Lucien Clergue, Cartier-Bresson et le vieux maître Toulousain Jean Dieuzaide. La vie défile à travers les vitres du train et j’ai toujours aussi peu d’inspiration. Je ne la cherche pas trop d’ailleurs, préférant continuer à faire ce que je fais le mieux, c'est-à-dire écrire au kilomètre sur ce type de format, comme le font tous les gens maintenant : « le livre dont je suis le héros ! » ce qui n’implique aucun plan, aucune intrique et referme le monde complètement autour du « moi moi et moi encore ! » comme ce que je pratique sans doute dans mes modestes chansons, moi qui suis incapable de faire le portrait d’un autre dans mes photos ou mes chansons !
On était en 1959...
26 Décembre 2008
Glenn Gould et les variations Goldberg, les suites de Bach et les yeux noirs, David Krakauer, Calexico. Petit café dans les reflets rouges sur la colline. Conneries péremptoires sur la musique débitées par Bartabas de Zingaro à la radio. On ne peut pas être bon dans tout. Aie aie aie ! Pourtant, dès qu’il parle de spectacle et de chevaux, ça devient magique, pourtant ! Magie dissipée par l’effrayante chanson de Bénabar « l’effet Papillon ». J’ai donc lu hier soir le début de « du côté de chez Swann » de Proust et je suis étonné de tout ce que j’y trouve. Je travaille et dors chez moi, je sors peu, vois mes enfants un peu plus que d’habitude et regarde Astérix à la télé. Je me met ce texte en bouche malgré mon rhume sur la gorge et déplace les meubles en prévision des répétitions. J’écoute donc ce prélude pour violoncelle de bach et avant de me remettre au boulot, j’essaye de me rappeler de Hanoukka et des Noël de mon enfance. Une nuit mon père m’a réveillé. Il m’a offert un de ces garages jouets avec une rampe pour les petites voitures. Je m’en rappelle encore, car ce jouet de bonne qualité a servi par la suite à tous les petits enfants de notre famille. Puis l’année suivante, j’avais 4 ou 5 ans, on m’a expliqué le jour de Noel que le père Noel n’existait pas. On ne pouvait pas fêter Hanoukka et Noël en même temps ! Je me souviens de ma déception! Je me souviens de ma sœur m’accompagnant un 24 Décembre dans la rue pour me montrer les vitrines. Je crois que c’est ce jour là que j’ai eu l’une des plus grandes frayeurs de mon enfance : une armure portant une bannière publicitaire devant un magasin du centre ville que j’ai prise pour un monstre de métal. On était en 1959, je pense. Une petite voiture en plastique dans ma main droite pour me calmer. Des pères noëls un peu effrayant déambulant sur la place vaguement enneigée ou circulaient quelques vieux juifs immigrés à périgueux rentrant à la maison un soir de Noel. Ils se plaignaient de la communauté Israelite de périgueux et allaient partir pour PARIS, Strasbourg ou Tel Aviv. Un vieux paysan avec un cheval trainait une carriole dans la neige ! Les œillères et le harnachement usé du pauvre cheval de trait, le crépitement du fouet sur la robe de cette pauvre Rossinante, les hurlements incompréhensibles de cet effrayant connard, mon père qui voulait me rassurer !tout cela est imbriqué dans ma mémoire et m’effraye encore. Longtemps plus tard, je me souviens d’une incroyable crise de nerf de ma mère lorsqu’elle a découvert que je fêtais Noel en famille avec un sapin décoré par mon ex-femme dans le salon : Je l’entends encore hurler en s’arrachant les cheveux ! De beaux Noëls pourtant avec des cadeaux soigneusement achetés et empaquetés, des enfants impatients de les ouvrir au pied du sapin, excités le lendemain matin et les parents jouant dès 7 heures à la console ou à des jeux de société qui ne ressortiront jamais du carton et finiront quelque part dans la cave ou au grenier. Le tas de cartons empilé sur le trottoir ou écrasés dans la poubelle de l’immeuble. Je ne sais pas trop quoi faire de ces souvenirs, à la fois émouvants, drôles et effrayants. Je crois aujourd’hui qu’on ne doit pas passer à côté de l’essentiel : le bonheur d’être ensemble, soudés dans n’importe quelles circonstances. Je ne crois ni en dieu, ni en ses religions commerciales. je crois juste à la nécessité d’être avec ses proches, reliés par une chaine qui pourrait nous entremêler depuis l’antiquité.
Noël
25 Décembre 2008
Joyeux noël à tous et à toutes ! Ceux que j’aime, ceux qui sont près de moi aujourd’hui et ceux qui sont loin, de la Chine à la Russie en passant par l’Italie et le Canada. Merci pour votre amitié et pour votre présence de près ou de loin, comme ces beaux anges dans le film de Wim Wenders « les Ailes du désir » qui ont sans doute inspiré ma vie, mes textes et mes modestes chansons. Chansons que j’ai du mal à écrire, même si je passe aujourd’hui pas mal de temps sur ce blog a rechercher des sources, des inspirations, des rebondissements et des références à mon travail. Me suis réveillé ce matin avec dans la tête une phrase que je ne pensais pas connaître « Longtemps je me suis couché de bonne heure… » la première phrase du roman « Du côté de chez Swann » de Marcel Proust. Je me suis demandé pourquoi cette belle phrase sonnait dans ma tête alors que j’avais toujours fui la lecture du roman qui me semblait rébarbatif. En allumant la radio, un journaliste citait également cette phrase. Je vais donc lire ce roman dès que possible, lors de mon prochain voyage en train. J’ai passé la soirée de Noel en famille avec mes enfants et leur mère, dans une agréable ambiance de fête, musique et champagne. Rentré pas trop tard, un peu de travers quand même. Hier, j’ai évité les grands magasins et leur obscénité ; l’impression parfois de jouer dans le terrible film « Brasil » de Terry Gilliam. Allumé avec les enfants la 4ème bougie sur le chandelier des fêtes de Hanoukka que j’ai suivies pour la première fois cette année. Ailleurs, les gens s’offrent des cadeaux au pied de l’arbre. Reçu un petit mail de Charlélie en remerciement du mien. Je me prépare car je dois samedi aller enregistrer chez Loïc à Saint André les extraits d’ « étonnants et magnifique », le conte musical que nous préparons. Ça fait marrant de parler de conte musical en ce jour ensoleillé de Noel. Les fenêtres sont grandes ouverts. Nigel Kennedy joue du violon comme si le diable s’était posé sur le toit.

Moi, je suis un peu comme le clown suisse Grok.
23 Décembre 2008
J’écoute Abd El Malik! Certainement l’un des chanteurs les plus créatifs de ces dernières années ! Chair de poule ! Plus tard je mettrai Charlélie et Phil Glass, David Krakauer, peut-être ! Plus très envie pour plusieurs raisons de continuer ce blog en ce moment. Mais, c’est un peu comme tout, il faut s’accrocher ! Cela dit, je crois que ceux qui arrivent à être heureux dans le monde ou nous vivons sont très méritants ! Moi, je suis un peu comme le clown suisse Grok, le grand clown suisse à qui son médecin disait : « il faut vous reprendre en main ! Sortez ! Allez voir le clown Grok qui justement passe en ville en ce moment ! » Hier, j’ai encore été faire des photos en profitant de la froide lumière d’hiver et j’ai marché dehors au bord de l’eau à profiter de la lumière et des reflets. J’aimerai démarrer ce projet de blog + photos. J’ai continué à tirer des photos, écrit sur ces chansons et cuit ce foie gras. Je crois que ça vous plairait. Reçu un message du journaliste Serge Bilé m’indiquant l’e mail de John Williams ce chanteur français d’origine ivoirienne, représentant de la communauté africaine déportée dans les camps de la mort par les nazis. J’ai donc joint le vieux chanteur pour lui dire que je pensais qu’on le retrouverait dans l’une de mes histoires, l’année prochaine.
Hanoukka, la fête des lumières.
21 Décembre 2008
La colline je ne la voyais pas ! je ne distinguais que du brouillard, que des arbres comme s’ils sortaient de la fumée. Je me suis levé ; il était tôt encore et je n’avais dormi que quelques heures, deux ou trois au maximum ; j’ai regardé les tirages que j’avais fait hier soir, je me suis fait du café et je suis sorti faire quelques courses. Le dimanche, tout était ouvert. J’ai profité des prix bradés dans un hyper du coin pour acheter un agenda et une bouteille de champagne et un foie gras que j’avais envie de cuisiner moi-même pour les fêtes ; Je me suis dit qu’on passait plus de temps à pousser un caddie dans un hyper que dans un lit à baiser ! je suis descendu en ville et je suis passé devant une fontaine et à ce moment, la lumière jouait sur le jet d’eau et j’ai fait quelques photos ; la lumière et l’eau se mélangeaient comme si un miracle venait de se réaliser, comme si au fond, la vie pouvait être simple et belle. Et j’ai acheté du papier à dessin et j’ai réalisé que ce soir, c’était Hanoukka, la fête des lumières, cette fête familiale juive qui se passe aux environs de Noël à quelques jours près ! bien sur, j’ai pensé à mes enfants que je ne voyais plus assez à mon gré, avec l’impression que les gamins que j’avais tant aimé avaient définitivement foutu le camp, me laissant là comme un con, j’ai pensé à ma mère qui allumait les bougies à chaque fête et je les ai invité à passer la soirée avec moi. Avec bonheur, ils ont accepté mon invitation et j’ai cuisiné un peu. J’ai allumé les chandeliers de ma mère que j’ai posé devant la fenêtre pour que les gens voient qu’ici c’est une maison heureuse avec des enfants qui vont venir pour fêter Hanoukka ! J’ai pensé à mon père et à ma mère quand j’étais petit. Ils me faisaient allumer la bougie avec une autre bougie, celle qu’on appelle le serviteur (chamess) lorsque la famille existait encore. Mon jeune fils est arrivé et je lui ai demandé de nettoyer le chandelier à 8 branches. Il a gratté la cire, puis j’ai installé des bougies dedans ; Mon autre fils est arrivé et nous en avons allumé chacun quelques bougies, certainement plus que le rituel ne l’exige, à partir de la droite. Nous n’avons fait aucune prière, car je ne prie pas dieu que je n’ai jamais particulièrement aimé ! la religion et la culture c’est juste un beau lien entre les Hommes ! J’ai disposé le chandelier devant la fenêtre car je voulais vraiment que les voisins partagent un peu de ma joie d’être ici en famille, un peu de mon espérance. La cire coulait sur la petite table et je pensais à ma mère qui racontait qu’un soir en Pologne, elle était à la synagogue et une maison avait pris feu, un soir de shabbat ! Nous nous sommes photographiés et nous avons bavardés. Les bougies ont fondues très vite et se sont éteintes laissant une vague odeur de suif. Les deux grands chandeliers que j’avais disposés au début de la soirée brûlaient encore, tard dans la soirée quand tout le monde était parti. J’ai bu du champagne tout seul et j’ai senti monter la migraine mais je me suis senti heureux pour la première fois depuis plusieurs jours.
ne plus répondre au téléphone...
20 Décembre 2008
Ce mail m’a laissé pantois, mais je me suis dit que toutes ces années avaient été tellement folles, que mes relations avec les autres avaient été tellement inextricables que je n’arriverai certainement jamais à comprendre leur âme, ni à leur faire comprendre le fond de la mienne. Sans doute que la mienne devait être bien grise et fatiguée. Je vais certainement finir seul dans le noir si on me coupe l’électricité que je n’ai pas payée. En attendant, je me suis senti bien, et décidé à continuer mon travail et ma vie, seul! J’avais projeté de publier l’interview du chanteur de Gospel d’origine ivoirienne John William des années 60, racontant sa déportation et celle des Africains au camp de concentration de Neuengamme mais l’auteur du reportage, Alexandre Rosada ne m’en a pas donné l’autorisation, pour une raison qu’il n’a pas souhaité m’expliquer ! Je suppose qu’il se méfiait de moi ! En tous cas, son reportage était admirable. Il m’a proposé de me mettre en contact avec le vieux chanteur John William. Je trouvais l’histoire belle j’imaginais l’homme noble et courageux. De fil en aiguille, je suis remonté jusqu’à l’ouvrage de Serge Bilé, « noirs dans les camps nazis » (voir son site) et j’y ai découvert l’interview d’un journaliste généreux défendant brillamment de justes causes. Je me suis remis au travail, j’ai encore travaillé sur mes photos, puis les enfants sont venus manger avec des copains. J’ai cuisiné un peu, mais les enfants sont partis vite vers leurs soirées respectives. J’ai continué à travailler en silence, sur mon compère, mon double, l’ordinateur portable. Mes yeux commençaient à sortir de ma tête et je ne m’étais pas occupé de faire réparer mes lunettes cassées. J’avais envie de rester seul et de ne plus répondre au téléphone ni de passer des mails, tous ces trucs qui ne servent à rien. Je me suis baladé dans les rues envahies par les bons sentiments, par la solitude des gens des villes… j’avais cette phrase dans la tête : « …encore un peu de soleil dans le dos… » J’ai fait le tour et regardé les vitrines, les prix affichés, les revendications sur les vitrines concernant les commerces ouverts le dimanche, les fermetures définitives de magasins, l’écologie publicitaire et commerçante du dimanche etc. je n’avais plus envie de dépenser de l’argent, de saliver devant des objets. Les gens achetaient, choisissaient des bijoux, des pulls, des bibelots pour répandre plus de leur manque d’amour autour d’eux. Je voyais une dame replier un stand d’Amnesty international, sans doute l’un de ces stands où des bénévoles fabriquent des paquets pour emballer des cadeaux de Noël. on y trouve des brochures sur des gens torturés ou injustement emprisonnés dans des pays proches ou lointains. J’ai marché un peu en pensant à tout ça. Je me suis un peu perdu dans ma ville, en y évitant certaines rues que je n’aime pas au bénéfice d’autres que j’aime. J’ai essayé d’imaginer la série de photo que je pourrai y faire et en rentrant, j’ai tiré mes photos sur du papier Canson pour leur donner l’aspect d’aquarelles. Le téléphone n’a pas sonné. Je me suis couché et j’ai terminé ce bouquin sur les accords de Munich, puis je me suis relevé pour regarder sur google la photo d’époque avec Mussolini, Chamberlain, Daladier et Hitler en train de parader devant l’objectif. Je me suis endormi en travers du lit.
une coiffure Rasta
19 Décembre 2008
Finalement on a trouvé une place dans le parking en dessous de la gare. Des types dormaient là, un peu partout, entassés contre des piliers, sous des distributeurs de cafés, entortillés dans des sacs de couchages, la tête enroulée dans des bonnets, des chèches. Certains demandaient aux passants des clopes, des tickets restaurants, un peu de monnaie. Une voix synthétique annonçait qu’une ligne de métro était fermée à cause d’un colis piégé et prévenait que le trafic du tunnel sous la Manche était momentanément interrompu. Des militaires, l’arme au poing circulaient entre les voyageurs, en jetant des regards de lanceurs de couteaux à droite, à gauche, évaluant les passants de haut en bas. Un agent de sécurité chauve et diligent, un brassard vert autour du bras, nous a demandé ce que nous voulions puis nous a poussés gentiment vers la sortie. On s’est engagés par un escalier derrière une lourde porte battante puis on a marché dans le froid, vers le restaurant. On est repartis du mauvais côté puis quand on a trouvé le bon restaurant, on s’est trompés de soirée et on a commencé à boire du champagne au milieu de gens que nous ne connaissions pas. Un disc-Jockey passait de la musique d’ambiance devant un écran télé qui diffusait en boucle les images d’un feu de cheminée. Les gens bavardaient par petits groupes entre eux, puis, au bout d’un moment une dame est venue vers nous et nous a dit que les gens que nous cherchions étaient à l’étage supérieur. Nous étions en train de nous tromper de soirée ! A l’étage, on nous a gentiment remis des biscuits et du chocolat et une dame m’a offert un petit paquet contenant une jolie petite coupelle en porcelaine qui servait à recracher les noyaux d’olives. Les gens s’offraient aussi des services de couverts aux couteaux sans lames, aux fourchettes sans pointes, aux cuillers trouées, des bonnets de père Noël fluorescents, des chapeaux de télétubies, des t-shirts avec comme inscription « pas facile d’être le plus beau ! ». on a mangé du saumon, bu encore du champagne et à un moment de la soirée, le serveur s’est écroulé sous le poids de plusieurs plateaux contenant des assiettes pleines. Moi, je ne ne pensais pourtant plus à ceux qui tapaient la cloche presque devant la porte du restaurant. C’est vrai que nous bavardions amicalement de tables en tables, liant connaissance avec nos voisins. Ça m’a rappelé les soirées de la chambre de commerce et d’industrie de ma ville ou je me rendais avec les gosses pour Noël et Nouvel an, chaque année. Un père noël remettait des cadeaux aux petits et animait un spectacle de magiciens. La boite offrait quelques bons d’achats dans des commerces locaux. J’ai furtivement pensé avec nostalgie à ces instants de l’époque où mes mômes étaient encore proches de moi. Maintenant, j’avais du mal à les joindre au téléphone s’ils n’avaient pas expressément besoin de mes services. en tous cas, donc, nous avons passé cette soirée dans ce restaurant proche, et la musique montait de la salle du bas, de plus en plus forte, des tubes des années 80, de Gilbert Montagné à Gold en passant par Téléphone et Jean Jacques Goldman. Dans l’autre salle, les gens dansaient et la musique couvrait le ton « cosy » de nos conversations. Quand nous sommes descendus, l’écran derrière le disc-jockey diffusait encore quelques images de feu de bois et quelques couples remuaient comme des diables sortis d’une boite. Plus tard encore, nous avons retrouvé avec difficulté notre parking et nous avons traversé le bois de Vincennes. Des types se baladaient par ce froid, sac au dos avec leurs chiens, quelques tapineuses, peu de clients en maraudes arrêtés; il y a quelques jours on a trouvé des types morts de froid vers le petit lac, celui où j’allais autrefois faire mon jogging de bobo. A la télé, on annonçait qu’un jour plusieurs capitales européennes seraient amenées à disparaître à cause d’un tsunami, de l’égoïsme ou de la déprogrammation de la pub pendant les émissions de Patrick Sébastien. je n’arrivais pas à m’endormir, à cause de ce spectacle qui commençait à prendre forme dans ma tête. Un numéro visuel, des chaises, quelques rires saupoudraient des contes au milieu des nouvelles chansons, MAIS j’entendais des bruits au dessus, des sifflements ou des cris. Je me suis endormi et quelques heures plus tard, on s’est levés, chahutés par une chanson ensoleillée qui sortait de la radio. J’ai fait du café. A la télé, on annonçait que les flamands roses prendraient progressivement une couleur grise avant que leur espèce ne s’évanouisse. Puis un type s’est mis à imiter, sur une autre chaîne la démarche du chien, puis celle de la poule, puis le meuglement de la vache, puis il a expliqué qu’il pouvait même imiter celle du camembert ! Ça y est ! J’avais compris ! Progressivement, nous allions reprendre notre place, celle des animaux qui disparaissaient! je m’y suis préparé en prenant ma douche ; devant la gare du RER ou un type hagard distribuait des journaux gratuit, vendait des journaux pour les sans abris, en expliquant à un autre qu’il serait bien parti aux sports d’hiver s’il n’y faisait pas si froid. Arrivé à la gare d’Austerlitz, j’avais perdu ma carte de train et mon ticket et je suis allé au guichet pour y faire un duplicata, mais au moment de payer, j’ai trouvé mon ticket au fond de ma sacoche. La dame, une belle et grande black aux cheveux raides m’a remboursé en levant les yeux au ciel, comme si je lui faisais ce coup là à chaque matin que dieu fait. José m’a appelé inquiet pour me faire part des difficultés que nous rencontrions avec la maison de disques. J’ai rappelé les gens de « Nocturne » et nous avons parlé du marché, de la FNAC et des royalties qui ne tombaient plus ! Je n’ai jamais fait un album, dans des conditions simples ! J’ai appelé mon manager sur Bordeaux et je me suis dit que les choses allaient se faire et que je savais que ce serait bien ! J’avais de plus en plus de visions, d’images qui se projetaient à moi. Dans le train, j’ai classé les images de Paris et les autres, celles que je prenais au fur et à mesure de mes déplacements et qui finiraient peut-être par paraître un jour dans l’un de mes carnets de route, si j’arrivais à m’accrocher à la chance que j’avais de faire mon modeste travail d’artiste un peu touche à tout. J’ai sauté dans une correspondance à Limoges et je me suis installé dans un de ces trains régionaux dans lesquels on peut brancher son ordinateur. Des jeunes se racontaient le film « baise-moi ! » de Virginie Despenstes. Plus tard, les gamins ont rigolé parce que le contrôleur a dit : « on a heurté un chien ! » Putain, ce n’était qu’un pauvre chien! J’ai eu mal pour lui ! Que foutait-il là ? ça m’a rappelé le raisonnement du chauffeur de taxi Bulgare : « nous ne sommes pas racistes en Bulgarie ! Nous n’aimons pas les Roms, mais les roms ne sont pas des hommes ! Dans un incendie, si on a le choix entre sauver un Rom et sauver un chien, on choisira le chien, car le rom n’est pas un être humain ! Nous ne sommes donc pas racistes ! » Je crois que récemment, certains disaient les mêmes choses durant les massacres au Rwanda. Loïc m’a appelé pour me dire qu’il venait de trouver de bonnes idées pour les enchaînements musicaux (« tu sais ! quand le cirque arrive dans la ville ! » je lui ai dit que nous parlerions longuement de notre projet que vers 16 heures car j’étais dans le train et que je ne pouvais pas parler. Mes fils appelaient et je n’arrivais pas à comprendre ce qu’ils attendaient de moi ! Partir bientôt à Paris, se faire une coiffure Rasta, parler de la location de cet appartement. Je suis rentré et j’ai récupéré ma voiture au garage. J’ai ouvert mes mails. L’un d’entre eux me disait….
« la muette à Drancy »
18 Décembre 2008
On a trouvé des explosifs au magasins du Printemps, boulevard Haussmann : Un invraisemblable et terrible groupe inconnu, demandait le retrait des troupes françaises en Afghanistan ! Les charges n’étaient pas amorcées, mais en ces temps de fête et de consommation fatiguée, quelqu’un voulait créer encore plus de psychose et d’inquiétude parmi les gens. Plus que la piste Islamiste, ça ressemblait aux attentats du TGV, ces dernières semaines, ceux qui avaient fait incarcérer abusivement quelques jeunes qui vivaient en communauté : vous vous rendez compte, des marginaux qui n’ont même pas de portables ! Ces évènements semblaient marquer de leur musique sourde la vie quotidienne des grands centres urbains. Sur radio classique, j’écoute des standards sirupeux, de Rachmaninov à Prokofiev, de Mozart aux Beatles joués sur une guitare coin-coin aux cordes en nylons. J’ai l’impression d’être assis sous un arbre de Noël qui vient d’avoir un court circuit. Je me suis assis derrière l’ordinateur et j’ai travaillé sur quelques unes de mes photos. J’ai écrit encore un peu. Je pensais à ces gars avec qui j’avais partagé le café hier et à leur shake-hand quand nous nous sommes quittés. Je pensais à ce projet qui, comme d’habitude partait d’une chose simple et se retrouvait plus complexe que prévu. Je pensais également à ma vie passée, à ces histoires vides ou parfois lourdes de sens et que je revivais en poussant mes pas dans Paris. Je pensais à ce type qui rentrait du Vietnam, il y a quelques dizaines d’années et qui n’arrêtait pas de hurler « c’est une très bonne journée ! » comme si sa vie en dépendait. Est-ce que nos vies dépendent de ce qu’on crie ? Je le crois, bien sur, moi qui essaye de placer un cri vital par album ! Qu’est devenu ce gars ? Se souvient-il de cet après midi passé à fumer des joints, assis sur un banc, vers Manhattan ? Est-il vivant et bien vivant avec ses soixante ans et ses souvenirs névrotiques de la guerre du VietNam ? Je l’espère heureux et en bonne santé, quelque part dans le monde réel ! je me souviens de cette dame que j’ai rencontrée assise sur un banc qui m’a raconté dans une langue belle et précise son trajet dans les trains de la mort jusqu’au bout de la route : le camps de Mauthausen.(sans doute me suis servi de cette langue, de ce témoignage pour écrire ma chanson « la muette à Drancy ».
On s’est arrêtés vers la gare du Nord...
17 Décembre 2008
Je me suis levé tôt pour faire le café, mais comme d’habitude à paris, terrorisé par la grisaille, je me suis rendormi. Je me suis levé dans le studio vide et comme d’habitude, malgré la propreté et l’état impeccable du lieu, je me suis dit qu’il allait falloir que je le range à fond et ça m’a fait peur. Mon fils a appelé pour m’annoncer qu’il avait trouvé un appartement grâce à Anouar, le jeune que j’avais eu en formation autrefois et qui m’avait vendu ma maison et revendu celle de ma mère. Mais de toutes façons, je me suis habillé comme pour une expédition, mon anorak fermé jusqu’en haut, ma capuche, ma casquette, mes lunettes cassées, mon appareil photo. Dans le rue en montant dans le métro, une petite fille s’est jetée sur moi : « Papa !» « -tu vois bien que c’est pas ton père » a hurlé sa mère ! « il porte le même manteau, mais on ne reconnaît pas son visage ! »je suis descendu à la gare du Nord, puis j’ai redescendu le long du canal saint martin jusqu’à la gare de lyon. J’ai fait plusieurs photos et je pense en garder une ou deux. J’ai continué à marcher au bord de l’eau en la photographiant et en me regardant dedans, me demandant pourquoi je n’avais jamais cédé à l’envie d’y sauter. J’ai alors croisé des hommes et l’un d’entre eux quand il m’a vu sous la pluie m’a proposé de venir boire un café avec lui, devant une tente installée au bord du canal. Il pleuvait et j’avais mal à la tête et à l’estomac. Je me sentais de plus en plus mal. Ils m’ont offert un café que j’ai bu dans une tasse en plastique. Ils m’ont demandé si j’avais des clopes. Devant la cabane, il y avait un arbre de noël avec une assiette en papier devant et un panneau : « pour faire la crèche » J’y ai mis quelques ronds. Les gars voulaient que je leur offre le champagne, et on a rigolé et j’ai commencé à me sentir mieux. Mon ventre s’est dénoué et ma migraine est repartie au fil de l’eau, me plantant là !j’ai repris le métro et un jeune gars a essayé a ouvert la fenêtre du RER qui roulait entre deux gares, puis a essayé en rigolant de s’y engouffrer, comme s’il allait se balader à l’extérieur du wagon. Un grand black, digne et costaud l’a engueulé : « tu vas arrêter tes conneries ! » on allait voir ce spectacle dont je vous ai parlé aux Bouffes du Nord « l’art du rire », il y a quelques jours. Le lieu est un des théâtres les plus magiques de Paris. J’adorerai y jouer. Devant un public nombreux et très ouvert, Jos Houben, l’acteur-clown expliquait la mécanique du rire au public, d’une façon très directe, utilisant ce ton pédagogique qu’emploient les formateurs animant des séminaires d’entreprise. Une forte maîtrise du corps élastique, une silhouette à la Stan Laurel. Le spectacle a démarré tellement tard que Peter Brook est descendu pour aider à placer le public sur des coussins disposés sur le devant de la scène. Vers la fin du spectacle, l’acteur a dit qu’on était soit même qu’à deux moments, dans la vie : pendant le rire et pendant l’orgasme. C’est alors qu’on a entendu la voix candide d’un gamin d’une dizaine d’année demander à sa mère : « c’est quoi un orgasme ? ». En sortant du spectacle, F… et moi avons marché main dans la main et des mômes à l’air vague et défoncés voulaient nous taxer de l’argent. On s’est arrêtés vers la gare du Nord. Des rabatteurs invitaient les gens à regarder la carte des restaurants, un peu comme ces types ou ces filles qui invitaient les passants à venir voir l’intérieur d’une boite de striptease. Chacun avait ses 3 mètres de trottoir qu’il ne dépassait pas. On a mangé de huîtres et bu du Gewurztraminer. Ma tête allait claquer. Mon téléphone a sonné. Gérard m’a appelé et on a parlé du prochain spectacle.
Etonnants et magnifiques
16 Décembre 2008
j’écoute Phil Glass, de la musique baroque, Charlélie, goran bregovitz. Je me lève un peu plus tôt pour faire tout ce que j’ai à faire avant de filer à paris. Mais j’entends que Xavier Darcos laisse un peu de temps à sa mesure, (un an) cédant du terrain sans doute parce qu’il a peur de ce qui se passe dans la tête des gamins et en Grèce… les jeunes font ils peur à Nicolas Sarkosy en cette période de chahut européen ? A propos, chaque quinquagénaire périgourdin a eu Xavier Darcos de près ou de loin comme prof ici et chacun connaît le scandale lié à l’histoire des sujets d’examens divulgués en 1982, je crois. Ça nous a beaucoup fait rigoler à l’époque et même encore. J’en parle parfois avec des copains et je connais l’inspecteur de police qui a eu l’honneur d’enquêter sur cette affaire. Je suis étonné qu’en cette période chahutée on ne reparle que peu du sujet suivant :

« DARCOS EN EXAMEN »
Il y a vingt ans, alors que l'actuel locataire de la rue de Grenelle débutait sa carrière d'enseignant, il était accusé de fraude puis relaxé. Cette affaire éclate juste après la session de juin 1982 du baccalauréat, par des rumeurs de fuites ayant profité à des élèves de Périgueux (Dordogne). Le recteur de l'académie de Bordeaux, convaincu de l'existence de ces fraudes, annule l'épreuve dans cette ville, ordonne une enquête administrative et dépose plainte contre X. Quelque 670 candidats reçoivent une nouvelle convocation pour octobre. Rapidement apparaît le nom de Xavier Darcos, 35 ans, professeur de lettres agrégé du lycée Laure-Gatet de la ville. Il est accusé d'avoir divulgué un sujet du bac de français à ses élèves. L'enquête administrative établit que M. Darcos, membre de la commission académique qui choisit les sujets des examens, avait fait réviser à ses élèves, quelques jours avant le bac, un sujet très voisin de l'un des trois proposés aux candidats. Ces révélations font scandale. Surtout que, selon France-Soir de l'époque, Xavier Darcos est "un jeune et brillant enseignant inscrit au tableau d'aptitude aux fonctions d'inspecteur d'académie", "promis à un très brillant avenir professionnel". Inculpé, Xavier Darcos est cité à comparaître le 30 mai 1983 devant le tribunal de grande instance de Périgueux. Le ministère public requiert une peine d'amende. L'avocat de l'enseignant plaide que les sujets sont choisis sur plusieurs listes de propositions et que nul ne pouvait savoir de manière certaine à l'avance quels seraient les trois sujets finalement proposés aux candidats. Le tribunal le relaxe. Sa porte-parole a assuré à l'AFP qu'à l'époque des faits, "les rédacteurs ne pouvaient pas savoir si leur sujet allait être retenu". Ce "délit d'initié" est pratiquement "impossible", assure le service inter académique des examens et concours d'Ile-de-France (SIEC), en raison de la multitude de précautions prises. Le SIEC souligne que chaque enseignant chargé de proposer un sujet signe une attestation de confidentialité, en s'engageant à ce qu'il soit inédit et qu'il n'ait pas été travaillé par ses élèves. Pour chaque discipline, il y a plus de vingt sujets proposés à chaque fois, afin de faire face aux besoins de la métropole, des DOM-TOM, des sessions de rattrapage de septembre, et des baccalauréats passés dans les lycées français de l'étranger. Un professeur ne peut donc jamais être sûr que le sujet qu'il a proposé à la commission spécialisée sera choisi. Malgré tout, des cas de fraude au bac ont été enregistrés. En 1964, Dany Maurel, employée au rectorat de Marseille, communique les sujets à un candidat, son ami de coeur, Paul Derodon. Quelques jours après, ces précieux sujets se vendent dans les bars. Outré, un Marseillais dévoile le pot aux roses. Le scandale se solde par neuf condamnations dont huit à la prison ferme et la mutation de l'inspecteur d'académie. En 1965, Armand Vitellio, employé au rectorat d'Orléans, fait parvenir les sujets à un ami dont le fils est candidat. Particulièrement nul en maths, le jeune homme est brillant à l'écrit mais "sec" à l'oral. Il est condamné à six mois de prison avec sursis, les deux pères à huit. En 1973, un employé du rectorat de Grenoble fait "fuiter" les sujets avec si peu de prudence que les autorités les changent la veille du bac. Et en 1984, le rectorat d'Orléans découvre que, depuis des années, les élèves de terminale se passent un tuyau : une fenêtre à la fermeture défaillante permet d'aller, de nuit, consulter les sujets sortant de l'impression. (Source dépêche AFP, 10/06/02)

BON ! bien sur, on se doute que ce genre d’histoire n’arriverait pas aujourd’hui! En juin 1982, dans un gouvernement fraîchement de gauche, Darcos bien sur a du se faire épingler bille en tête… Moi, j’aimais bien quand même mon ancien maire de périgueux (il s’est fait sortir aux dernières municipales) mais je me souviens aussi que le ministère de la culture auquel il a appartenu a mis il y a quelques années notre statut d’intermittent du spectacle dans la grande difficulté où il se trouve aujourd’hui. C’était en 2003, je crois. En même temps, Xavier m’avait envoyé un mot très gentil pour me féliciter pour notre « coup de cœur de l’académie Charles Cros » après l’album « ma mère traîne au café ». Le mot, assez marrant et bien tourné, disait en gros que l’écoute de cet album lui permettait de se détendre dans la tourmente sociale qu’il traversait à l’époque ! Je devrais lui envoyer « assez de pognon ! », notre dernier Opus. Cet album plein de joie et de tourmente lui irait bien en ce moment. Sacré Xavier Darcos, toujours au cœur de sujets passionnants ! Lu l’incroyable histoire de Tabatha cash, ex-star du porno,ex actrice, ex animatrice sur Sky rock actuellement rangée aux USA et ancienne égérie de Serge Ayoub, militant français d'extrême droite, qui fut surnommé « Batskin » en raison de l'utilisation fréquente qu'il faisait des battes de baseball lors des affrontements physiques avec ses adversaires politiques. Découvert aussi l’incroyable histoire de Bernard Madoff, ce fraudeur du Nasdaq qui a mis plusieurs banques américaines en difficultés grâce à ses incroyables escroqueries pyramidales, pourtant vieilles comme le monde. Encore des scandales que nous finirons par payer dans les mois qui viennent. Bon je me lève après avoir peu dormi. Bien sur je n’arrive pas à me rappeler à quelle heure est mon train. Mon fils vient de m’appeler pour s’excuser de notre rendez vous manqué d’hier et j’en marre cette fois ci ! Pour la première fois, j’en ai vraiment marre de tout ça ! marre d’être pris pour un bon père ! Peu dormi, travaillé sur mes anciennes photos et j’ai envie d’en faire d’autres. J’espère que la lumière sera limpide à Paris. F… me donne la météo (j’ai horreur de l’écouter, pour moi c’est un peu comme les cours de la bourse) et je me dis que ce n’est pas gagné. Je dois aller m’occuper de mes lunettes que j’ai encore cassées. La vendeuse m’annonce le prix de la douloureuse et je commence à me demander si je ne vais pas me balader avec des montures de la sécu. Je vais m’acheter un roman de Jim Harrison, puis je vais faire réparer ma bagnole et je tombe sur mon ancien banquier à la retraite qui vient de se sortir heureusement d’une terrible histoire de tumeur cancéreuse et qui se marre en me racontant toutes les histoires que j’ai vécues avec lui quand j’en chiais à chaque fin de mois et qu’il m’appelait pour me demander de réapprovisionner le compte en vitesse et ça le fait marrer comme si c’étaient des souvenirs de régiment que nous avions en communs. je rentre, range la maison, passe le coup de fil à mon partenaire José Corréa et plus j’avance, moins je sens ce projet d’album + livre chez Nocturne ! Ou, disons alors que je le sens comme un cadeau empoisonné. Je réfléchis à cette difficulté d’entreprendre la moindre chose en ce moment, le moindre déplacement, le moindre projet et je me rend compte à quel point les choses sont de plus en plus compliquées à entreprendre et je comprends le malaise des gamins qui n’arrêteront pas de manifester aujourd’hui même si Darcos recule son projet sans le retirer. Je suis installé dans le train. Je suis venu avec une heure d’avance pour ne pas risquer de le rater en faisant la queue pour prendre le billet comme d’habitude mais seulement une seul employé de guichet répond aux 5 clients, ferraillant sur un ordinateur performant et pédaleur. Finalement, j’arrive encore à être en retard malgré le service de qualité qu’annonce la SNCF. Cette nuit, je voulais prendre le billet sur leur serveur, mais le service technique annonçait qu’il était en panne. Je suis maintenant dans un wagon hyper luxueux et chauffé, mon ordinateur branché au réseau et je me dis qu’il est incroyable que la technologie soit privilégiée dans un train qui roule et qu’on n’arrive même pas prendre un billet, renseigner des gens, les faire dormir confortablement et chaudement, leur donner un peu d’espoir sans leur mentir. Je travaille dans le train sur mon texte « étonnant et magnifique » et en le revisitant, la musique dans l’oreille, je lui trouve de nouvelles idées, de nouvelles inventions pour le rendre plus fluide, plus sonore, plus réactif dans la bouche.

Etonnants et magnifiques (extraits)
En ce temps là, on disait que le monde était en train de changer,
Mais je crois qu’il y aura toujours des hommes, des femmes qui voient le monde tel qu’il est,
Etonnant et magnifique, merveilleux,
Critique, tragique, comique, généreux
Les gens avaient peur, car partout, on disait que le monde courrait à sa perte.
Mais le monde court-il vraiment à sa perte ?
En ce temps là, mon père et moi, il fallait que nous quittions le pays où nous habitions,
Après avoir entassé, ferraille, tenailles, veilles affaires
Et fil de fer
Dans la camionnette, pour rouler vers de la frontière.
Quelques jours plus tard, mon père a garé la camionnette
Devant un café au bord d’un pont qui traversait une rivière,
À côté d’un poste frontière,
Gardé par des hommes en uniforme.
Il a bu un verre, puis deux verres, puis encore un verre
Puis il a demandé au patron du café
S’il connaissait quelqu’un qui pourrait nous aider à traverser
Nous avons longé la rivière puis nous sommes passés de l’autre côté…

« Étonnants et magnifiques » extraits

Patrick Ochs-

Ceux qui connaissent mon travail savent que j’ai utilisé pas mals d’éléments de ce récit dans « les mauvais coups » mon album de rdlm préféré, celui qui a eu le plus de mal à trouver son public. Néanmoins ce texte est une sorte de conte et je pense que le résultat vous plaira. On est rentré de la gare en voiture, en se perdant un peu dans les embouteillages, puis on a dîné d’un plat de champignons. J’ai retravaillé sur ce texte, puis j’ai lu ce bouquin historique incroyable de Georges-Marc Benamou narrant la rencontre entre Hitler, Mussolini, Daladier et Chamberlain en 1938(le fantôme de Munich). On y croise durant cette rencontre l’ambassadeur Poète, le créole Saint-John Perse.
raz de marée
15 Décembre 2008
Je me suis levé ce matin vers 5 heures et j’ai déposé mon fils à son internat. L’entrée était bloquée ! Les mômes avaient grossièrement écrits sur un carton « Darcos pense à tes gosses ! » je suis rentré et j’ai laissé mon fils là-bas. J’ai écouté les infos annonçant un raz de marée estudiantin comparable à celui qui tombe sur Caramanlis et Papaandréou en Grèce, devant toute cette jeunesse en dessous du seuil de pauvreté , comme leurs parents sans doutes. Je suppose que cette police est entièrement liée à l’extrême droite grecque. Je suis bien sur contre les manipulations et la violence. Je m’endors une fois de plus sur le bord de la route, me demandant à quoi tout cela sert. Je rentre et dors un peu, me met à écrire et téléphone à Loïc ! Il prend le téléphone et me fait écouter la musique qu’il vient de composer. J’imagine le texte que je dirai sur cette musique. J’essaye de réfléchir à programmer quelques répétitions avec gilles et Loïc pour les semaines qui viennent, mais j’ai surtout envie de monter à Paris, faire des photos et bosser chez F... je me sens sûrement moins speed que ces derniers jours, sans doute à cause de ma courte nuit. J’attends quelques heures pour prendre les décisions que j’ai à prendre.
dormir dans la rue si la chance tourne...
14 Décembre 2008
Je me sens si différent de ce que j’étais, il y a même quelques mois. J’ai changé tellement vite, à cause de mes déconvenues ou de ma fatigue des autres, du plaisir de jouer ou de mes divers essais de changements de vies, des relations rapides, des allers et venues dans ma vie qui me laissaient si malheureux autrefois ; je reçois quelques mails en réactions à mon blog, les concerts entrent encore et je prends des décisions quant à ce projet d’album et de spectacle qui doit suivre. F… a repris le train pour Paris et je pense la rejoindre dans les jours qui viennent. Demain, j’emmène mon fils à Sarlat, je dois régler plein de choses avant de partir quelques jours avec mon travail. Je ne sais pas quand je vais retravailler avec Loïc et la prochaine étape, c’est sans doute la série de répétitions avec Gilles et Loïc, qui se déroulera dans ma grande pièce ici, moment que j’attends depuis très longtemps. J’avais envie d’avoir une maison avec une pièce pour recevoir, jouer, manger, vivre, moi qui pourrais finir par dormir dans la rue si la chance tourne. Peu sorti ce week-end ; reclassé les notes prises l’autre soir, tiré quelques photos, accroché les photos sur la porte que j’ai poncée voici quelques jours. Les enfants sont venus dîner ! pot au feu, crème brûlée.
«Les oiseaux » d’olivier Messiaen...
12 Décembre 2008
Macéo Parker , Jordi Saval, Marin Marais, les suites de Bach pour piano et orchestre, amadou et marian, Glenn gould : voila ce que j’ai écouté ce jour là. J’entends ces déclarations de Kouchner au sujet de Rama Yade. Il est facile d’envoyer cette belle femme noire (discrimination positive !!!!Quel horrible terme de droite !) au casse-pipe pour ensuite réagir avec l’habituelle façon lâche et consensuelle de la plupart des hommes politiques ; éléphants de droite ou de gauche de ce pays ! ça me rappelle ce qui s’est passé auprès de Ségolène et d’autres femmes politiques qui n’ont pas forcément toute ma sympathie! En tous cas, cette belle jeune black, épouse du fils du chanteur yiddish Ben Zimet a du courage et ne s’est pas écrasée devant le colonel Mouammar kadafi. Monsieur Kouchner comme d’habitude a trahi les siens et a trouvé de la justifications a ses actes calamiteux. Poudre aux yeux pour le plan climat présidé par Sarkozy. Répétition à Saint André chez Loïc. J’ai toujours du plaisir, quand j’y vais en voiture à rouler au bord de l’estuaire de la Gironde, lors de la dernière portion de la route. Mais en fait, j’écoute «Les oiseaux » d’olivier Messiaen et j’ai l’impression d’être assis sous un arbre au bord de l’eau et je vide ma tête avant d’aborder la séance de travail. On s’installe derrière nos bols de café, lui avec sa guitare et ses feuilles de notes, moi derrière l’ordinateur portable qui me sert de compagnon toute la journée et nous jouons, improvisons, notons, autour de cette histoire en 30 chapitres, qui dure une quinzaine de minutes et qui raconte le périple d’un père et de son fils avec un cirque. Nous racontons chacun la même chose en évitant tous pléonasmes. Nous travaillons ainsi jusqu’à 17h30 et ne nous interrompons que pour déjeuner d’un généreux couscous. Des musiques naissent sur la guitare de Loïc et quand je l’écoute, parfois, je saisis la direction ou se dirigent ses doigts et ses pensées, parfois, je sens quand il s’égare et tente de l’orienter vers la direction précédente. Parfois lui aussi sent lorsque les mots s’emballent ou s’éloignent du sujet. Parfois, je vois la lumière sur scène qui commence à se dessiner, je sens la solitude de l’enfant, l’ivresse du père, la folie meurtrière de l’officier, l’amour naissant entre les êtres, l’océan qui trimballe les vies et les rêves et ça me rappelle, cette histoire qui m’est arrivée lorsque j’étais sur la scène du théâtre d’Agen et que j’avais eu une série de flash qui m’avaient permis d’apercevoir des personnages de mes chansons traversant la scène. Le soir, je rentre chez moi, 120 km plus loin et mon téléphone n’arrête pas de sonner, alors je m’arrête. De retour chez moi, je me sens complètement speed et je fais le ménage, machine à laver, prépare une soupe, un rôti, quelques légumes, change les draps et nourri mes animaux dans l’étable, puis repars chercher F… à la gare. Le SAMU social qui traîne en rigolant, une fille au regard éteint avec un chien noir qui me gueule dessus, une femme qui parle seule en s’adressant à tout le monde , le train qui arrive avec 20 minutes de retard et F… qui en descend pour se coller contre moi.

J’ai dormi un peu sur le bord de la route...
11 Décembre 2008
J’en suis où quand je me lève le matin à cinq heures et demie ? J’en suis où, quand je vérifie s’il ne fait pas trop froid dans la chambre de mon gamin, avant que je ne le réveille, puis file préparer nos cafés ? Je suis avec mon angine qui accentue mes doutes et mon envie de ne plus bouger. Le jour ne se lève pas et nous filons sur la route et découvrons la neige sur le bord de la route. La neige m’inquiète avec mes pneus lisses que je n’ai pas encore changés. Je roule quelques heures aller et retour et reviens à la maison après avoir ramené mon fils. J’ai dormi un peu sur le bord de la route. Et puis je finis par joindre la maison de disque pour enfin réussir à caler ce projet. Réussir à caler un projet tel qu’un album avec tant de partenaires est la chose la plus difficile à faire et je commence à me demander si tout cela n’est pas un peu compliqué ! ce projet de spectacle me séduit et l’album aussi, mais je n’ai pas envie de m’embarquer dans un truc trop compliqué comme lorsque j’ai produit « assez de pognon » notre dernier album dont je suis content de certains aspects. Je voulais faire un album avec très peu d’éléments, très peu de participants pour qu’il en ressorte un spectacle sobre et plein d’émotion, loin du bastringue que je mettais ces derniers mois à monter seul avec La Muette. Finalement je me rends compte que ce projet que je voulais modeste deviens également tout aussi compliqué que les autres. Bon, déjà, il faut produire des projets. Puis je rappelle Matthias d’Ariane Productions pour parler du festival des « oreilles en pointe ». Nous sommes ravis d’avoir gagné 2 jours de studio grâce au jury de ce festival. J’ignorais que des récompenses seraient distribuées lors de cette belle soirée et je considère que c’est moi qui dois des remerciements aux gens qui nous ont accueillis. Finalement, je préfère les offrir à un jeune groupe de la nouvelle scène française qui en aurait plus besoin que nous. Le soir, je passe une agréable soirée chez des amis (Laure et Rodolphe) et je rentre vers une heure du matin.
Faire le Père Noël dans les grands magasins...
10 Décembre 2008
Je me suis levé la gorge coincée, comme un vieux gond rouillé. J’ai fait quelques photos de la colline en face, sous un ciel gris et bleu hésitant à annoncer la neige puis j’ai lu mes mails. Avoir l’appareil photo à côté de mon grand lit vide m’a donné des envies rigolotes. Un mot de Matthias d’Ariane Production récapitulant le planning de 2009/2010. C’est avec plaisir que je vois l’agenda se remplir. Reçu un coup de fil de F… m’engueulant parce que je ne voulais pas aller voir le médecin. Je me suis empressé de joindre le docteur. J’ai finalement prévenu mon fils pour lui dire que j’irai le chercher à son lycée à Sarlat pour 13h30, ce qui me laisse encore quelques heures pour travailler. Ma voiture ne roule pas très bien et il faudra que je change les pneus(encore 400 euros) avant la fin de la semaine, puis que je me décide à changer les amortisseurs. J’écoute les chansons de la radio et j’ai parfois l’impression de regarder un mauvais film de science fiction des années 70 tellement je trouve ça kitch, malgré tous les efforts pour faire croire qu’on colle à la technologie de l’époque. Reçu des annonces de l’ANPE pour faire le Père Noël dans les grands magasins. Pourquoi pas ? Personne ne me reconnaîtra avec la barbe. Mais je pense que je n’ai pas naturellement le physique. La dame en face vient d’ouvrir la porte. Elle est presque centenaire et elle se promène parfois dans la rue. Elle voit tout ce qui se passe chez moi à travers ses volets. Son fils qui est très âgé lui fait ses courses, vient la voir tous les jours. Ce matin, j’ai photographié le jeune type qui vient avec son triporteur de la boulangerie Lehoux. Finalement, il m’a dit que FR3 avait fait un reportage sur eux. Il pense essayer de développer cette activité pendant un an ou deux pour voir si elle est rentable. J’aime bien l’entendre couiner devant ma fenêtre. J’aime bien le voir passer le matin. Les personnes âgées sortent à son passage. Je rencontre des gens que je ne connaissais pas auparavant. Suis parti vers midi pour aller chercher mon fils à Sarlat, puis je suis revenu avec lui aussitôt après avoir mangé chez Mac do… on a parlé dans la bagnole et c’était bien ! Il m’a dit qu’il pensait que je réagirai plus tôt à ses conneries, que je m’en fichais. Je me suis excusé de ne pas avoir été plus réactif. Je l’ai laissé en ville, à la manif des élèves et maintenant, je cuisine pour mes fils qui vont passer la soirée ici. J’ai eu mon autre fils au téléphone. Je n’ai pas réussi à parler au gars de la maison de disques, mais j’ai parlé longtemps avec mon manager. Me sens particulièrement combatif et actif, en fait. Un peu trop sans doute. Suis allé chez le médecin pour soigner ma gorge de chanteur. Et la maison de disque ne m’a pas rappelé. Je ne vois pas trop pourquoi. Ce n’est pas grave. F… s’est mis à ne pas répondre à mes coups de fil ce soir sans que je ne sache vraiment pourquoi et je me suis dit que ce n’était pas grave non plus. Rien n’était grave à part mon gamin, mes problèmes de fric et l’envie que j’avais de réaliser mes projets. Mes gamins sont arrivés et nous avons dîné autour de la table puis on a regardé le foot. Les français semblaient prendre une taule. Moi je travaillais encore et encore sur le texte de la chanson « étonnants et magnifiques… » puis sur mon projet de blog qui me semble finalement très appliqué ! Plus tard, j’ai appris qu’on avait eu le coup de cœur du festival « les oreilles en pointe » à Saint Etienne ou nous avions joué le mois dernier ! Déjà que c’était un chouette moment !
J’ai la tête comme le CAC 40...
09 Décembre 2008
Stèles juives et musulmanes profanées dans le pas de Calais. Quelle bande de nuls qui s’attaquent à des morts ou à de plus faibles qu’eux ! Même les nazis ont épargné les cimetières juifs en Allemagne ! J’ai fini de poncer cette vieille porte et je l’ai nettoyée et teintée. Elle est appuyée contre un mur, face à la fenêtre et je n’arrive pas à me rendre compte si c’est beau ou moche. La pièce me semble encombrée, tout à coup. Ce que je sais, c’est que je tousse et mouche et comme tous les garçons, j’ai envie de me plaindre comme si j’étais à l’agonie, dont acte ! Je me suis couché tard et je me lève relativement tôt ; la colline est grise, le soleil ne se lève pas et des petites gouttes de givre brillent sur les arbres. F… devait me téléphoner mais elle ne m’a pas réveillé. J’ai l’impression que je vais mourir sur place, mais il faut que j’aille chez Loïc Le Guillanton pour travailler sur le projet d « étonnants et magnifiques » (titre provisoire) mon projet de livre+cd. J’ai également envie de me faire un book avec mes photos et mes carnets de route en les tirant sur du papier Canson et en les faisant relier au fur et à mesure… j’ai envie d’en faire des exemplaires uniques pour mes proches avant d’envisager à nouveau « carnet de route2 », le bouquin suivant. Je regarde la pièce ou je vis, mange, dors parfois et je n’arrive pas savoir si ce qui m’entoure est beau ou moche. Ça me fait penser à la période où j’ai fini de vider la maison de ma mère, en juin dernier… je n’arrivais pas à savoir si ce que m’avaient laissé mes soeurs, ce qu’elles n’avaient pas emporté durant mon absence était beau ou moche. Et les affaires qui m’entourent ayant appartenu à mes parents sont souvent belles parce que je les trouve chargées de vie et d’émotion, mais je crois que finalement, le plateau de fromage en forme de parapluie-cadeau de fête des mères des années 60- est assez moche. Les vases avec des poissons rouges aussi. La bibliothèque également, mais je l’ai retapée, comme la porte appuyée contre le mur. Le bureau de mon ancienne belle-mère, la malle de ma grand-mère, le meuble à tiroir de ma grand-mère, mes canapés fly rouges et noir, ma table d’Emmaüs,, mes chaises de récup, celles de mon père, ma cuisine achetée chez Confo, la glace de récupération devant laquelle j’ai répété la danse de l’ours et fait des bêtises parfois, les tableaux que j’ai peints, ma guitare, les photos que j’ai prises ou les gravures que j’ai ramenées de mes tournées, de mes voyages, le portrait de moi que m’a fait et offert José Corréa, la télé -dernier compagnon de ma mère -une reproduction de Paul Klee- une autre de Picasso- un portrait d’Arthur Rimbaud, un portrait extrait de l’expo néo réaliste en affiches déchirées de Marilyn Monroe, quelques unes de mes aquarelles, le vase gris bleu offert par mes fils et par ma mère, des animaux en bois, des bouteilles d’alcool ramenées de festivals, les rideaux oranges d’anniversaire, un nain de jardin, les pots bleus de ma mère, le porte voix du spectacle, le buste représentant mon oncle Meyer que j’ai fait avec un morceau de bois, une vieille bouteille qui vient de Prague(j’ai cassé celle qui venait de Chine) un oiseau que j’ai sculpté ainsi que le masque d’énergie, rouge vif que j’ai fabriqué, les chandeliers que ma mère allumait pour shabbat,mon chandelier à 7 branches pour Hanoukka (mes sœurs ont embarqué d’autorité ceux de mes parents), mon meuble chinois rouge, les plats que m’a offert F…, les couteaux fixés au mur, le coq en bois avec les pieds qui pendouillent, un origami encadré que m’a offert un jeune chinois après le spectacle, des photos de la Russie, des photos de mes enfants et de mes parents, une photo de F… et moi en tournée je ne sais plus où ; la photo de Carla Bruni et moi en Autriche, les photos de L’européen, quelques vieux vinyles, mes albums, mes bouquins, mes dicos, mes ordinateurs, mes clairons. Tout ça est disposé autour de moi, beau ou moche, de bon goût, de mauvais goût, et tout ça me rappelle les heures passées, dures et douces, noires, bleues et flamboyantes, illuminées de vie ou flirtant avec l’envie de mourir qui parfois ne m’effraie plus. Je me prépare à partir. Là, en attendant, malgré mon rhume, je file jusqu’à la gare. Difficile de prendre le billet de train, tant la queue est longue ! Le train est à 25 ! À 24 je grimpe dedans et m’assoie essoufflé. Je travaille un peu sur mon projet de carnet de route avec des photos insérées à chaque page. Le résultat, n’est pas mal, tiré sur les feuilles de Canson que j’ai achetées hier. J’arrive à Bordeaux et prends le bus pour Saint André de Cubzac. J’arrive en avance et Loïc me récupère, nous nous mettons aussitôt au boulot après un bol de café. J’écoute la mélodie « étonnant et magnifique » qu’il a hâte de me faire écouter. C’est assez réussi, toujours aussi précis, même si bien sur l’ensemble, le son numérique est un peu mou. Il y a une partie de basse, de la guitare, de la batterie, des sons midi. L’arrangement est prêt pour que les copains s’en inspirent pour jouer dessus. Je ne peux pas chanter, car j’ai une extinction de voix, mais ça semble coller et je réécris le texte au fur et à mesure que la musique se déroule. Je dis le texte, le conte en prose sur des mélodies que Loïc improvise puis écrit au fur et à mesure de nos idées. Ce travail se déroule d’une façon intéressante et j’aperçois ce que ça pourrait donner dans l’album et sur scène avec seulement 2 musiciens. Loïc est souvent un peu anxieux du résultat et il a peur de ne pas arriver à arranger sa musique, mais j’ai l’habitude que rien ne se déroule jamais comme je l’avais prévu alors, je rebondis comme une balle en mousse, même si je ne suis pas un musicien hors pair. J’ai l’impression que je signerai moins de mélodie dans cet album que d’habitude et ça ne me gêne pas du tout, au contraire. Je lui propose des solutions musicales à partir de ses mélodies pour jouer les musiques très arrangées qu’il m’a fait écouter ! évidemment, que c’est impossible de jouer ça sur scène avec seulement 2 musiciens. Vers 17h30 je repars et saute dans le train pour Bordeaux. A bordeaux, j’ai le temps d’aller chercher des médicaments à la pharmacie, puis je vais prendre un café ! La serveuse, une black aux cheveux blonds et frisés que je vois là depuis des années ferme la porte juste derrière moi en me souriant. Je m’installe, prends mes médicaments comme un petit vieux, lis mes mails, bois un chocolat et repars en sens inverse… mon jeune fils m’appelle pour savoir si je viendrai le chercher demain pour qu’il aille à la manif. Je tousse et me demande comment j’irai demain. Rodolphe m’invite ce soir, mais je reporte le dîner à jeudi soir car je ne m sens pas capable d’y aller en rentrant. J’ai la tête comme le CAC 40. Ma voiture est en face de la gare et j’ai envie de manger devant la télé. Le chauffage est éteint et je sais que je vais me les geler en rentrant. Le train roule ; des étudiants bavardent, travaillent studieusement. Je n’ai jamais été un gars studieux. J’ai arrêté l’école en 3ème et n’ai repris mes études que vers 28 ans car je m’y suis senti obligé. je prends encore mes médicaments, retravaille sur ce projet de carnet de route avec photos que j’aimerai faire pour la fin 2009, je bavarde avec F… au téléphone. Je suis au bord de l’extinction de voix ! Heureusement que je ne chante pas prochainement. Je retravaille sur le projet de carnet de route et me couche vers 2 heures du matin.

Il reste encore un peu de soleil derrière moi...
08 Décembre 2008
Peu dormi, une fois de plus : couché tard, le rhume et la fumée qui sort de la cheminée des voisins, l’angoisse, l’inquiétude, le manque. Fini pendant la nuit le livre marrant et bordélique de David Mac Neil !(« Angie ou les 12 mesures d’un blues »)c’est le genre de livre que j’aurai aimé écrire. Couché tard, réveillé par F… au téléphone, lumière sur la colline d’en face, le givre sur les arbres. Faudrait que je la photographie et que je vous la montre ! J’écoute la radio, comme souvent le matin quand je suis à la maison, mes pieds froids sur le chauffage. Je trouve, qu’on a un reflet de l’information du jour, sans en avoir trop les figures imposées. Je veux dire qu’on arrive encore à la radio à se faire une idée de ce qui se passe dans le monde, d’une façon objective, à peu près influencé par ses propres images mentales, ses propres opinions. Je sais que ce que je dis est vain mais il est important pour moi de suivre ce qui se passe dans le monde, en lisant la presse, ( Courrier international, Libé, souvent Le Monde, les différentes revues de presse, la presse régionale, parfois les sulfureux sites d’extrême droite) et en écoutant la radio. J’essaie de me tenir le plus loin possible des infos de la télé, car elles influencent le contenu de la plupart des chansons, des textes de rap, des œuvres à caractère social que l’on peut entendre en ce moment, sur la route, ou sur les radios nationales)Ce matin, j’ai écouté la belle conférence de Jean-Marie Gustave Le Clézio lors de la remise du prix Nobel ; Un beau discours humaniste sur la culture, l’éducation des enfants, l’alphabétisation qui sont une bonne partie des solutions aux maux de notre planète. Noté la faible participation aux élections prud’homales. Ecouté une interview du clown Jos Houben, aux bouffes du Nord : « l’art du rire » j’ai découvert les mises en scènes de Peter brook dans ce lieu magique! Je pense que j’irai voir ce spectacle à Paris. Je dois dire que je n’ai jamais vraiment aimé le théâtre, mais le théâtre de Peter Brook, c’est un voyage à travers le monde, en défendant de beaux textes :(Shakespeare, Molière, Tchékhov, Alfred Jarry, découvert « Carmen » de Bizet en version gitane, « la conférence des oiseaux » d'après Farid Uddin Attar, poète Iranien du 12ème siècle adaptée par Jean Claude Carrière). Vers 10h30 j’achète le pain au jeune type qui grimpe la rue sur son triporteur complètement gelé et en sueur tout de même (le seul fabricant français de triporteur est en Bretagne, qu’on encourage cet entrepreneur génial! Vous verriez ce magnifique vélo !!! Il faudra que je le photographie pour vous le montrer) Dans la journée, je file acheter du papier photo, du papier Canson et de la cire pour nettoyer la vieille porte qui est dans le jardin depuis des mois avec du lierre qui grimpe dessus (voir sur ma page Myspace, une photo) pour la monter dans la pièce où je travaille. Je pense que nous ferions deux bons compagnons. J’observe toujours cet oiseau blanc à la jumelle et je me demande ce qu’il fout là. Il semble plutôt nocturne, alors que fout-il là en plein jour ? Je travaille un peu dans l’idée de ma répétition de demain, je téléphone à Ariane prod. , notre organisateur de spectacle, à José Corréa et à la maison de disque. Rien de neuf à part mon nez qui coule pendant que je bosse dehors, dans le maigre soleil en m’agitant autour d’un grattoir, d’une feuille de papier abrasif. Je me sens parfois si heureux quand je me bouge, lorsque je m’agite alors que j’ai passé ces derniers mois à me traîner comme un morceau de plomb. Ça fait presque un an que je me sens un peu mieux, après cette terrible nuit, l’année passée où je n’arrivais pas à dormir, où j’envoyais partout des mails comme des bouteilles à la mer aux gens que je connaissais parce que tout ce que je faisais me semblait parfaitement inutile. Malgré les quelques jalousies et disputes, je trouve que tout ne se passe bien depuis l’année passée. Il reste encore un peu de soleil derrière moi -pas trop- et à quelques mètres de là, dans la cour devant mon bureau, le chat se lève et rentre lourdement chez lui, dans la maison voisine comme pour annoncer que la journée va bientôt se terminer; reçu la facture de mon espace Renault dont je ne vous parlerai pas et reçu une proposition pour acheter ma vieille Citroën. Je vais essayer de m’en débarrasser. Encore des concerts qui rentrent ; la fin de l’année prochaine me semble un peu surbookée et c’est ce que j’aime entre ma tournée avec «Rue de la Muette » et le début de mon spectacle solo que j’espère jouer dans une salle pendant quelques semaines, à Bordeaux. Souvent, les plannings se font d’une année à l’autre.

Grimace, blagues, bruits et chansons.
07 Décembre 2008
Bon, voila que je reprends ce blog. Je me suis interrompu hier. Je me suis levé tard et j’ai regardé un moment le soleil sur la colline en face ! un oiseau blanc volait et se posait ! J’ai pensé que c’était la chouette que j’entends de temps en temps. Finalement, on a fêté l’anniversaire de mon fils, avec l’un de ses copains, oubliant les déceptions et les dissonances. Mes fils jouent de la guitare et nous rivalisons de grimace, de blagues, de bruits et de chansons. J’ai travaillé une bonne partie de la nuit sur les photos que j’ai prises l’autre jour à la bibliothèque nationale. J’ai écrit un peu, travaillé sur les photos, passé la journée à mon bureau, ainsi qu’une bonne partie de la nuit. J’ai reçu un coup de téléphone m’annonçant qu’il y avait un article sur Gilles Puyfagès dans « accordéon magazine », ainsi qu’une critique sur notre album, ce qui me vaut quelques mails d’accordéonistes. Mardi, j’ai rendez vous chez Loïc pour travailler sur notre nouveau projet musical. Pas mal de choses se sont passées cette semaine. Je me rends compte à quel point, ces derniers mois, j’avais négligé le travail autour du groupe, ce que je faisais il y a quelques années, ce mélange, de blog, de relationnel, de relations humaines, d’écriture, coups de fils, mails etc.… le fait de jouer sur scène est encore différent de tout ce travail, mais tout ce que je faisais autour du groupe autrefois donnait de la valeur ajoutée à notre travail. Bon, voila que je parle comme un chef des ventes à 2 balles. Pas sorti de la journée. Peu travaillé par rapport à ces derniers jours. Hier je suis sorti en ville pour la première fois depuis des semaines. J’ai vu les décos de Noël, la tronche des gens heureux, rouges de froid. J’ai salué des gens et noté des changements de boutique ou d’enseigne. Quand je fais ça, je me dis encore « tiens faudra que je le dise à maman ! » puis je me souviens que ce n’est pas la peine. F… m’a envoyé des photos d’elle avec ses filles. C’est pris dans une maison de la région parisienne, dans un intérieur coquet. Moi, j’ai tiré quelques photos de mes enfants mais personne ne les aime. Elles sont grises, sépia et je les aime beaucoup. Elles racontent les journées de ces derniers jours et les rapports entre mes enfants ; mon fils est donc parti à son bahut et mon autre fils est venu dîner, mais il n’y avait pas grand-chose à part le canard, les légumes et les frites….
notre banquier s’appelait Monsieur Printemps...
05 Décembre 2008
ce matin, réveil puis reparti vers Périgueux. Je reprends des photos de ce pont d’où la lumière du lever est aussi translucide que celle de la veille vers 15heures ! et oui, à paris, la lumière est superbe, surtout le matin, jusqu’à deux heures après le lever du soleil ou le soir jà partir de deux heures avant son coucher. J’avais lu ça dans les interviews du photographe naturaliste de chez Magnum, Ernst Haas (bien avant la photographie sucrée et tapageuse de Yann Artus Bertrand) et je le vérifie enfin ; puis je m’achète le bouquin que je n’ai pas pu acheter à la vendeuse frisée hier soir parce qu’elle ne pouvait pas prendre ma carte bleue. La librairie est en face de la gare de Lyon. (le livre, c’est « Angie ou les 12 mesures d’un blues » de David Mac Neil.. ! très marrant ! les aficionados de la chanson le connaissent bien : il a écrit Hollywood(Montand et Julien clerc) et Melissa métisse d’Ibiza(Julien Clerc) entre autres, bien sur !) J’ai fini l’autre nuit « les cerf volants de Kaboul » La fin est hélas moins intéressante que le reste de ce poignant roman qui vous plonge au cœur de l’Afghanistan, des années 60 à nos jours. Mais je vous recommande ce dur voyage à la recherche de soi-même, de ses sources, de sa culture. Je pense que l’auteur a pensé à l’adaptation cinématographique de son roman et je trouve que ça en gâche un peu la seconde moitié de ce livre de grande valeur.(Un de ces jours faudra que j’apprenne à faire des fiches de lecture, comme j’aurai du l’apprendre à l’école si j’y étais resté après la 3ème) En tous cas, le livre de David Mac Neil qui parle de blues et de rock me permet de sortir un peu de l’ambiance lourde du roman que je viens de lire. J’ai l’impression que je vais y croiser Michel Carras et toute sa bande de l’époque de Saravah, rue Lepic, vers les Abbesses. Je m’endors dans le train, réveillé par la conversation de deux dames toutes excitées à l’idée de prendre le train. Je descends à Limoges et j’interroge mes mails, dans la cour de la gare. Loïc me téléphone et, ravi de son travail me fait écouter le début d’ «étonnants et magnifiques ». par téléphone, l’arrangement est très joli, assez fluide, pour clarinette, guitare, contrebasse et accordéon. Il va envoyer les partitions aux uns et aux autres. Mon fils m’envoie un SMS « appelle moi ! » mais je n’arrive pas à le joindre. Dans le train, nous sommes assis en face les uns des autres, chacun derrière son tel ou son ordinateur. Je dois courir en sortant de la gare pour rejoindre mon joyeux banquier avec qui j’ai rendez vous. (à Paris, notre banquier s’appelait Monsieur Printemps et je n’ai jamais eu affaire à un type aussi sinistre)Avant, je récupère ma voiture-boulet qui me coûte encore une fortune et je file donc en ville, malgré la circulation perpétuellement dense et inadaptée de cette petite ville de province. Plus tard, je rentre chez moi, dors un peu, écris quelques lignes, examine mes photos et file pour parler avec mon fils et sa mère. Plus tard, je reviens et travaille encore un peu sur l’ordinateur, le cœur triste.
Delacroix, Coronelli et les sdf...
04 Décembre 2008
A Paris temps pourri. Je travaille depuis ce matin, je bricole mes photos et répond au téléphone ; l’internet ne marche pas très bien ici, dans ce coin de banlieue parisienne. Visiblement, la réponse de l’entreprise bordelaise n’est pas si favorable que ça, semble t il ! ils traînent pour répondre et on n’est guère plus avancés que la semaine dernière. F… a un autre entretien ce soir à PARIS ; les spectacles semblent rentrer en même temps que mon pognon fond. J’ai dormi à paris et je ne me sens pas très en forme. Mon fils est encore malade. Sa mère l’a récupéré à Sarlat. Je dois rentrer demain et il faut que je voie tout le monde pour une mise au point familiale. J’ai envie d’aller à la bibliothèque nationale, mai sil pleut et je manque de motivation pour marcher dans les rues de paris par ce temps. J’ai rangé le studio de F…, fait la vaisselle, le lit et j’entends les voisins du dessus qui baisent, comme hier soir, en faisant scrouic-scrouic et en manifestant bruyamment leur approbation….sans être un voyeur, j’aime ces bruits dU sexe ; je les trouve rassurants car ils font partie de la vie dans ce qu’elle peut avoir de plus constructif : le plaisir, l’amour, la reproduction, le don de son corps en échange de celui de l’autre… je préfère ces bruits là à ceux de la dispute et du stress. Et j’aime générer ce genre de douces musiques, même si les minces parois de ce studio finalement me bloquent un peu, habitué comme je le suis aux maisons, isolées de leur voisinage, comme la mienne. On peut y faire autant de bruit qu’on le veut, personne ne vous entend. Je travaille, un peu, donc, j’écris, puis, je me débrouille pour partir vers midi, car je veux faire mes photos vers 15h. je pense qu’à c’est à cette heure là que la lumière sera la meilleure ; du pont sur la Seine que je traverse en quittant la station de Maisons-Alfort, je surplombe un curieux camp de « sans domicile fixe », protégé comme un fort Alamo par des bâches en plastique de celles qu’on utilise pour recouvrir les fraisiers élevés en serre. A l’intérieur on y voit les fameuses tentes décathlon qui n’ont pas droit de cité sur les luxueuses avenues parisiennes. Ça pue la misère, le froid et la saleté. Je me demande quelle est la société qui offre ça aux siens. Je descend du métro et marche pour finalement me retrouver aux abords déserts de la bibliothèque François Mitterrand. Je marche et le ciel parisien gris et sans expression devient aux alentours de 15 heures translucide et barbouillé comme les cieux d’un tableau de Delacroix. Puis je descends dans la bibliothèque pour y admirer les magnifiques globes terrestres de Coronelli offerts à Louis XIV, commandés par le cardinal d’Estrées sous la protection de Colbert. Je suis resté un moment pour regarder un film sur la cartographie de cette époque de grandes découvertes. Je sors de la bibliothèque après y avoir fait des photos et je téléphone au garagiste qui m’annonce la douloureuse concernant ma voiture qui commence à me coûter de plus en plus cher. je croise des hommes des femmes qui marchent vers leur destin. Une fille raconte à une autre qu’elle cherche un boulot, que son mec l’a largué et qu’elle ne peut plus payer son appartement à 1000 euros par mois avec son salaire de 1500 euros. Elle prendrait peut-être un boulot supplémentaire. Ils ont dit à la télé qu’on pouvait trouver des trucs sur internet, comme testeur de magasin, ou goûteur de grands restaurants. Je ne pourrai jamais m’en sortir dans une ville pareille avec ce que je gagne. Mais je pense aux gens que j’ai croisés au dessous de la voie ferrée et je me dis que parfois, pas toujours, nous sommes les artisans de vos vies. A Périgueux, je m’en sors parce que ma maison ne me coûte pas cher et que je survis avec moins de 10 euros par jours, en ce moment. Ma vie me satisfait largement. A la bibliothèque, j’ai acheté un carnet de route peint en aquarelle sur un voyage en Indonésie. L’auteur s’appelle Jacqueline Hue. Elle a surtout dessiné des scènes locales et des costumes des diverses minorités. Nous avons pris beaucoup de plaisir à le feuilleter hier soir. F… était déçue car ses rendez vous du jour, importants pour sa carrière s’étaient annulés les uns après les autres. J’ai regardé un drôle de film au scénario prévisible. F… s’est endormie devant la télé et moi, j’ai continué à travailler les photos que j’avais prises à la bibliothèque, sur mon ordinateur. Les clichés me semblaient graphiques et sans internet et je n’arrivais pas à y retrouver la moindre émotion malgré la beauté de la lumière.
« les cerfs volants de Kaboul »
03 Décembre 2008
Me suis couché avec une vague rancoeur, avec l’envie d’aller à Paris, mais finalement, je n’ai pas rangé la maison et je ne me voyais pas revenir vendredi dans cette pagaille. J’avais appelé mon fils qui m’expliquant que ses résultats ne seront pas fameux. L’autre fils avait gardé la chambre, avec sa grippe. Il pleuvait et lorsque je regardais dans la rue déserte, je me suis senti mal, comme ça pouvait m’arriver parfois, il y a quelques semaines. Je me suis levé dans la maison rangée et propre, avec des lumières économiques installées un peu partout ; j’avais tout rangé et fixé ma gravure d’Arthur Rimbaud dans la salle de bain à côté de celle de Marilyn et ce tableau de Picasso représentant Paul ouvrant ses cadeaux au pied de l’arbre de noël. J’ai mis la radio. Daniel Cohen, l’économiste parlait de la crise et expliquait ses mécanismes avec pédagogie, apportait des solutions concrètes. Une famille racontait son expulsion d’un logement de 4 m². Les affiches de 12m² sur les murs parlaient de solidarité avec les pauvres. Je me sentais l’esprit clair, plus clair ! J’ai toujours l’esprit clair le matin. Je revoyais ce rêve étrange : une cité vide, une cité que j’avais visité avec Sylvain en 1978. les gens étaient tous partis et on sentait encore leur présence. Je regardais les boites aux lettres et la plupart des boites étaient condamnées. A paris je me suis levé avec l’envie de faire des photos sur paris. A la radio, on parlait des sous munitions, ces mines qui sautent quand on les trouve, la plupart du temps des enfants s’explosent avec. Le reportage se passait au sud liban. Je pensais à la chanson de Charlélie :

J’ suis miné

je suis sur mon âne qui marche entre les pierres
J'aime respirer le vent aux frontières du désert
Quand soudain
Je suis miné /toutes les vingt minutes, j'suis miné
Je vais à la rizière le soleil se lève sur l'horizon,
Je fredonne une chanson, un p'tit air en l'air
Quand soudain
Je suis miné, toutes les vingt minutes, j'suis miné.
Je suis innocent, je veux de mal à personne
La guerre est finie, les armes sont r'parties
Pourtant chaque instant, çà peut te péter au nez
Qui que tu sois habitant sur des terres libérées.
Je joue souvent au foot mais le ballon à roulé
Derrière un bosquet, je vais le chercher
Quand soudain
Je suis miné, toutes les vingt minutes
j'suis miné

(charlélie couture j’suis miné extrait de l’album new yorcoeur)

Notre album « les mauvais coups » se situait autour de ces histoires de guerre, autour de ces histoires d’enfants qu’on exploite. J’aurai aimé avoir le talent de charlélie pour évoquer avec simplicité de tel sujet. Je me contente de ma simple place et suis ravi d’être sur les traces d’un auteur pareil. J’écoute Dominique A en studio, un reportage sur lui. Intéressant, bien que je ne me sente pas très proche de ce grand chanteur que j’ai vu sur scène : bon contact, bonnes chansons et très bon musicien. Un type perpétuellement en recherche, un vrai créateur, et poète. Le gars de l’EDF sonne tandis que je suis sous la douche ; je lui ouvre, après avoir enroulé deux serviettes autour de moi. Un monsieur vient me couper l’électricité parce que je n’ai pas mis le compteur à mon nom. Visiblement, il s’agit encore d’une embrouille avec les services commerciaux de GDF qui m’avait proposé de me ravitailler en électricité en juin. Le gars ne me coupe pas le courant et je file en ville, en voiture (je le fais toujours à pieds ) et me gare dans un parking souterrain. En descendant par la rampe d’accès, je me rends compte que je n’ai plus de freins. Je suis obligé de modérer ma vitesse avec le frein à main. Je vais à l’EDF pour remettre le compteur à mon nom et ça prend 5 minutes ; en redescendant dans le parking, il y a un type complètement explosé dans l’escalier qui mène au parking. C’est un sans domicile fixe qui vient de se faire battre avec une bâte de base-ball. Il est inanimé. J’appelle police secours qui monte le type aux urgences ; son copain m’explique ce qui s’est passé, mais c’est confus. C’est lié à une histoire que se serait passée avec des zonards à la gare. Ils sont hébergés dans une structure d’accueil, dans un bus. « On n’a pas à dormir dehors, » me dit le zonard. Police secours arrive et embarque le type et son copain qui l’accompagne aux urgences. Je laisse au gars qui l’accompagne un peu de pognon, une carte téléphonique et le numéro de mon portable. Je redescend dans le parking et prend ma bagnole. Je n’arrive pas à redémarrer. Le moteur tourne comme un con, mais la voiture n’avance presque pas. Je finis par remonter la rampe d’accès jusqu’à la sortie. Je roule jusqu’au garage. Le garagiste semble pessimiste et je recompte encore mes sous. Je file à la maison je fais mon sac en vitesse, ferme les volets, coupe le chauffage et les veilleuses avant de partir vers Paris. Mon grand fils ne répond pas au téléphone ; nous devions déjeuner ensemble mais il a disparu, encore. Je file à la gare, prend mon billet et monte dans le train. Je me met à l’avant et je vois la voie ferré, ruban qui se déroule entre les roues du train. Il pleut sous les essuie-glaces. Je veux faire des photos à Paris, voir F…, faire quelques rdv, écrire et rentrer vendredi prendre ma voiture, passer à la banque, récupérer mon autre fils à Sarlat et préparer son anniversaire malgré les problèmes que je dois régler avec lui. En attendant, j’ai couru, pris le train, prévenu F…, engueulé des gamins qui hurlaient dans le wagon puis je suis parti. Je me suis arrêté à Limoges et j’ai lu mes mails au buffet de la gare et il y avait un mot d’Ariane Productions, un truc qui concernait toujours ce nouveau spectacle, la rédaction et le graphisme du projet avec José Corréa. Des oiseaux se baladaient entre les tables, gourmands et indiscrets. Il y a eu encore une conversation à bâtons rompus et des rendez vous fixés. J’étais conscient de ne pas avoir encore assez écrit tout ce que j’aurai du écrire, de ne pas être allé à fond dans mon travail ! J’ai toujours cette impression. Je sens que Loïc n’avance pas à mon rythme et ça me stresse car je vais vite, jamais aussi profondément que je devrai le faire, mais je vais vite. Et je sais que je n’aurai jamais le talent de certains grands, alors faudrait que je bosse plus pour me maintenir au-dessus du minimum syndical, si je veux durer encore. J’arrive à Paris un peu plus tard dans la soirée. Je traverse la passerelle au dessus de la Seine, celle qui mène droit à la Gare de Lyon. Je descend les escaliers et grimpe dans un RER, aussitôt, regardé par un vieux type aux cheveux longs qui descend vers la banlieue. Il détourne le regard. Je descend à la suivante et m’engueule avec un chauffeur qui se gare sur le trottoir au bout d’un passage clouté pendant que je téléphone ; il me pousse jusqu’à ce que je lui laisse la place. Le type descend comme s’il voulait se battre et je le traite de malpoli. Comme il voit que je ne suis pas intimidé, il se calme et je monte dans la petite voiture de F… Nous rentrons chez elle, mangeons des pommes de terres sarladaises avec du saumon et du vin blanc. Elle s’endort sur le canapé pendant que je bosse sur l’ordinateur. Je l’enroule dans une couverture et termine « les cerfs volants de Kaboul »

On se changeait en vitesse dans le local où on remise la bière...
02 Décembre 2008
Et je passe la matinée avec José au téléphone à reparler de ce spectacle sans titres, de cet album que je prépare, une fois de plus à force de bagarres avec tout le monde. Disputes et mises au point semblent apaiser notre relation. Bon, José est un typa qui m’a fait avancer dans mon travail et je n’ai pas envie de me fâcher avec lui. Puis, électriciens, plombiers, dépanneurs et même le clown boulanger se succèdent. Je reste au tel avec Vincent Mondy qui veut quitter le groupe l’espace de 5 minutes, puis finalement accepte l’invitation que lui fais ainsi qu’à sa famille pour la période d’entre les fêtes. Au début de l’entretien, il me parle avec une voix haut perchée, comme celle du clown Popov, puis finalement, on rigole et les choses se calment. C’est un garçon avec qui j’ai du mal à garder mon sérieux longtemps. Depuis que F… m’a fait remarquer que je négligeais mes affaires, je m’accroche un peu plus et les choses semblent avancer un peu mieux ! Les concerts rentrent dans l’agenda, mon projet solo se fait, elle semble avoir envie de venir à Bordeaux, le prochain album, mon premier sous mon nom a l’air de sortir de terre, enfin. Le plombier parti, je retrouve la cave au milieu des chutes du Niagara, je coupe l’eau et rappelle l’entreprise. Quelques dégâts. Le plombier revient, colmate les fuites et s’enfuit après avoir laissé le bordel. Parlé au téléphone avec ce type qui organisait des castings. J’apprends qu’un impossible film coréen devrait se tourner dans les mois qui viennent et qu’il cherche des seconds rôles pour tourner sur Paris ! le gars me proposera quelque chose en janvier. Je parle du type des castings dans mon bouquin, quand je raconte ce tournage et je lui propose de lui envoyer la nouvelle dans laquelle il figure. Le type est ravi, même si je le préviens que je le casse un peu…. Bon ! il se marre ! On parle et j’apprends qu’il est sur radio nova. Je lui envoie mon dernier album. Je lui dis que je suis disponible pour bosser et prêt même à rouler, puis dormir dans ma bagnole pour tourner encore ! je me fiche totalement de ce que disent les autres, ceux qui ne bossent pas et ont un jugement sur tout. Je veux juste bosser et continuer à jouir de ce super statut d’artiste sans avoir à une attitude misérabiliste par rapport à mon boulot, sans avoir à me plaindre. Je suis prêt à le défendre becs et ongles ! Tous les ans on est de moins en moins à en profiter ! des techniciens, des acteurs dans des compagnies, des musiciens,souvent en province, des gens qui font partie de la culture de leur pays, de leur région. on servira bientôt de caution dans les régions aux spectacles de la star ac ou son équivalent. On leur fera des premières parties et l’organisateur touchera des subventions parce qu’il aidera « la nouvelle chanson française » ! et on nous dira que ça nous aide, que ça nous permet de nous montrer. Je suis comme tout le monde ! Avant je chantais dans les bars ! Ça arrive encore parfois, quand il n’y a pas de travail. Un chanteur, ça chante ! On se changeait en vitesse dans le local où on remise la bière avant de monter sur scène! ça arrive encore parfois ! C’est rare. Puis on s’est mis à jouer plus ; dans de meilleures conditions ! En ce moment c’est plus difficile, mais je sais que dans ces cas là, faut bosser et ne pas avoir d’état d’âme. Celui qui reste, comme pour tout dans la vie, c’est le dernier debout. J’ai entendu hier soir « ma mère traîne au café » version du dernier album sur FIP. Je ne sais pas pourquoi ça passe sur cette radio qui n’a rien diffusé de nous depuis « après la fête » en 2000 ! Pourquoi est ce que rien n’est cohérent ? Je reçois quelques mots gentils qui viennent d’un peu partout en France, ou en Belgique. Je me sens mieux qu’il y a quelques jours, même si j’en ai marre que mon moral fasse le yoyo en permanence. J’ai passé une demi heure chez le banquier à négocier avec un jeune type. Je préfère me barrer de là en vitesse avec des papiers à signer. Je suis prêt à signer n’importe quoi, d’ailleurs pour me casser d’ici le plus vite possible. Je reçois un enregistrement que j’ai fait pour une radio en tournée, lors de notre spectacle à Tulle pour le festival « les nuits de nacre » le gars, je me souviens de lui s’appelle Ronald. Il nous invite gentiment à une émission dans quelques mois, à Nantes, lorsque nous jouerons au TNT à Nantes. Nantes, je jouerai de nouveaux morceaux avec 2 musiciens. Ce sera léger et sans doute efficace, très rock. F… me rejoindra je pense.
Des gens qui s’appelaient Kaufman...
1er Décembre 2008
Et je m’inquiète toujours pour les enfants après un coup de fil de leur mère hier soir, pour des choses de parents, bien sur, alors que je m’étais un peu rassuré ces dernières semaines. Peu dormi, bien sur; là je me suis donc levé un peu plus tard que d’habitude avec une envie d’aller à Paris. Fait des rêves bizarres. Des rêves si bizarres que c’est un peu gênant de vous les raconter. Pourtant je vous raconte presque tout. Je m’installe au bureau pour commencer à rédiger ces quelques lignes quand j’entends couiner dans la rue. Un jeune type avec une casquette d’aviateur d’autrefois pédale sur un tricycle et appuie sur un klaxon comme on en trouvait sur les vieilles bagnoles. Il vend du pain à domicile et grimpe la rue en pente jusqu’à chez moi, d’un jarret nerveux. Il descend et me livre du pain et une viennoiserie. Je le trouve assez crado, mais j’apprécie le service de ce jeune boulanger, de plus en plus rares dans les quartiers éloignés des villes ; chez moi, il y a surtout un voisinage de personnes âgées manquant souvent d’autonomie. Je suis l’un des plus jeunes du quartier. Je leur propose de faire quelques courses, de passer de temps en temps, de déplacer de vieilles voitures en bon état mais qui ne rouleront plus. Je travaille les pieds posés sur le radiateur. J’ai une liste de choses à faire que m’a laissé F... sur le bureau. Je vais appeler la banque tout d’abord, puis José Corréa, mon partenaire, puis le SAV de ma machine à laver la vaisselle, puis ma maison de disque , puis dans l’après midi, j’appellerai les agences immobilières de bordeaux pour trouver un appartement pour F.... Les coups de téléphones se passent, les rendez-vous se placent et je me retrouve vite avec un agenda qui se noircit. Je réponds aussi à quelques mails de lecteurs, de spectateurs. Je lève le nez et je vois passer mes anciens voisins de la rue Beaulieu. Le monsieur est médecin homéopathique. Il m’avait vu jouer à Plovdviv en Bulgarie. Je lui fais signe et l’invite à entrer dans la maison avec son épouse. Ils font le tour du séjour et disent quelques politesses avant de repartir d’où ils viennent. Le monsieur m’explique qu’il vient de faire son arbre généalogique et qu’il s’est trouvé de la famille en Alsace. Des gens qui s’appelaient Kaufman. Veut il me dire qu’il a des ancêtres juifs ? La dame vient d’acheter mon livre. Je me remets au travail, mais rien ne semble avancer car il me manque encore quelques coups de fil importants et en plus des problèmes avec mon jeune fils viennent se greffer des problèmes avec les musiciens. Je tourne depuis 7 ou 8 ans avec Ariane Productions et je dois dire que je n’ai jamais eu à me plaindre de leur travail. Mon calendrier 20O8/2009 recommence à se remplir. Il est parfois dur de tourner avec les mêmes musiciens. Ils sont très bons et souvent, comme les bons artistes, ils sont occupés et minutieux dans leur travail. J’ai donc parfois du mal à les fidéliser d’une année sur l’autre. Moi, je travaille vite, à l’emporte pièce, par vagues, à ma manière désordonnée. Je ne me mets pas de freins. J’essaye de ne jamais imaginer que les choses sont folles, impossibles, difficiles, je fais les choses dans une totale inconscience. Je sais parfois m’entourer de gens ayant les qualités que je n’ai pas le plus souvent : minutieux, talentueux, organisés. J’ai juste la chance d’avoir ce truc. Et puis, je prends bien la lumière